Usages et attentes des Européens
en matière de services publics sur Internet

 

Le 27 août 2004 - Principal enseignement de notre étude réalisée pour Capgemini : les Européens n'ont pas les mêmes habitudes en ce qui concerne le service public en ligne. Les internautes français se distinguent assez nettement des Britanniques, et plus encore des Allemands, en ayant beaucoup plus souvent recours à ces services. Les évolutions par rapport à 2002 sont d'ailleurs très contrastées entre la France d'un côté et l'Allemagne et la Grande-Bretagne de l'autre. Cette dichotomie se retrouve au niveau de l'opinion sur la création d'un compte administratif personnalisé sur Internet. Pour ce qui est de la France, nous observons globalement une adhésion a priori élevée pour tout ce qui a trait à la mise en place d'une administration en ligne. Tout en posant certaines conditions et en identifiant quelques obstacles et objectifs qui leur paraissent primordiaux, les Français semblent demandeurs sur la question. Enfin, notre enquête met au jour de fortes lignes de clivage, notamment entre jeunes et moins jeunes, et en fonction du niveau de diplôme. " La fracture numérique ", comme il est de coutume maintenant de la nommer, transparaît ici assez clairement.

Progression globale de l'utilisation d'Internet, la Grande-Bretagne toujours en tête

L'utilisation d'Internet continue de progresser dans les trois pays étudiés. En parallèle, les divergences observées lors de la précédente enquête de 2003 restent perceptibles. Ainsi, c'est toujours en Grande-Bretagne que les internautes fréquents ou occasionnels sont les plus nombreux (49%, pour 44% en 2003). La hausse atteint 5 points en un an dans ce pays. La France et l'Allemagne restent pour leur part à peu près au même niveau avec des taux respectifs de 42% (+4 points) et 45% (+5 points).

Au-delà de ces remarques générales, notons que les personnes interviewées déclarant utiliser Internet " plusieurs fois par jour " se trouvent presque dans les mêmes proportions dans les 3 pays (13% en France, 10% en Allemagne et 13% en Grande-Bretagne). C'est d'ailleurs dans la tranche des utilisateurs fréquents de la Toile que les taux progressent le plus par rapport à 2003 (+5 points en France et en Allemagne, +4 en Grande-Bretagne).

Mêmes tendances dans les trois pays

- Une sur-utilisation d'Internet de la part des hommes (+10 points par rapport aux femmes en France, +18 en Allemagne et +12 en Grande-Bretagne) ;

- Une baisse de l'utilisation en fonction de l'âge (en France, 72% chez les 18/24 ans contre 9% chez les plus de 65 ans, ces taux sont respectivement de 81% et 6% en Allemagne, et de 72% et 10% en Grande-Bretagne) ;

- Une plus forte propension à se servir de la Toile en milieu très urbanisé (en France, les taux varient de 29 points selon la catégorie d'agglomération, de 22 points en Allemagne, l'indicateur n'étant pas le même en Grande-Bretagne, il est difficile de tirer des conclusions précises, mais gageons que les mêmes tendances se dessinent peu ou prou dans le pays).

La fréquentation des sites Internet publics : la France en tête, des évolutions contrastées selon les pays

Avec près de 7 internautes sur 10 déclarant avoir fréquenté au moins une fois un site Internet de service public au cours des 12 derniers mois, la France se distingue nettement de l'Allemagne et de la Grande-Bretagne. Dans ces deux pays en effet, les proportions sont beaucoup plus réduites, 37% en Allemagne, et 47% en Grande-Bretagne.

Plus marquant encore, il n'y a qu'en France que ce taux a crû par rapport à 2003 (+4 points) alors qu'il chutait en Allemagne (-17 points) et restait presque stable en Grande-Bretagne (-2 point). Ce sont particulièrement les utilisateurs occasionnels qui ont fait la différence, la part d'utilisateurs fréquents restant stable dans les 3 pays.

Hommes ou femmes, jeunes ou moins jeunes, les internautes des trois pays fréquentent environ dans les mêmes proportions les sites de services publics. Seul le cas allemand fait ici exception en affichant une sur-fréquentation masculine (13 points d'écart entre hommes et femmes) qu'on ne retrouve ni en France, ni en Grande-Bretagne.

En France, les salariés fréquentent plus que la moyenne ces sites (73%), c'est également le cas pour les Franciliens (78% contre 65% en zone rurale), les diplômés de l'enseignement supérieur (79%) et les sympathisants de gauche (77% contre 67% chez ceux de droite). Cette dernière ligne de clivage, politique, s'observe de la même façon en Allemagne avec un écart de 10 points entre sympathisants de gauche et de droite, dans le même sens.

Principales utilisations d'Internet : d'abord obtenir une information et sites Internet publics les plus visités en France

Obtenir une information, voilà ce qui a poussé le plus grand nombre d'internautes à se rendre un jour sur un site Internet de service public (47%, contre 41% en 2003 et 40% en 2002). Cette démarche surclasse largement le paiement d'impôts en ligne (15%, en constante hausse depuis 2002, +5 points par rapport à la précédente enquête) ou l'obtention d'un formulaire d'état civil (14%, + 3 points), de demande d'aide (10%) ou fiscal (9%).

Ces résultats montrent clairement que les internautes continuent de percevoir essentiellement Internet comment un excellent moyen d'obtenir une information publique rapidement et facilement, mais que dans le même temps un mouvement s'est réellement enclenché dans le sens d'une utilisation plus concrète de ce medium.

Le site de l'ANPE en tête des sites vedettes

Parmi les sites publics proposés aux interviewés, quatre se détachent assez nettement des autres par le nombre de visites qu'ils reçoivent : le site de l'ANPE (34% des internautes disent l'avoir fréquenté au moins une fois), celui du ministère de l'Education Nationale (31%), les sites des services sociaux comme la CNAM, CAF, etc. (29%) et le site de la mairie ou d'un autre organisme public local (27%).

Les évolutions par rapport à 2003 restent faibles, la hiérarchie n'évoluant guère. Notons simplement que la fréquentation déclarée des sites des services sociaux progresse de 9 points.

Sans surprises, le site de l'ANPE est plus fortement fréquenté par les jeunes de 18 à 24 ans (41%) et plus encore par les 25-34 ans (53%), souvent confrontés au problème du chômage et fréquemment en recherche d'emploi. Ce taux tombe à 16% chez les 50 ans et plus. Chez les jeunes de moins de 24 ans, le site du ministère de l'Education Nationale occupe la première place (47%), ce qui n'est pas étonnant chez une classe d'âge souvent encore en relation avec le lycée ou l'enseignement supérieur.

Derrière ces quatre sites " vedettes ", les autres services publics proposés (ministère de l'Economie et des Finances, service-public.fr, site départemental, site régional, de la préfecture et du ministère de l'Intérieur) ne voient par leur fréquentation évoluer de manière significative par rapport à 2003 et recueillent des taux variant entre 11% et 18%. Le site des ASSEDIC, testé pour la première fois, a été visité par 18% des internautes (mais 25% des 25-34 ans).

Les variations selon l'âge restent peu marquées, mis à part en ce qui concerne le site du ministère de l'Economie et des Finances, très peu fréquentés par les moins de 24 ans (5%) alors que ce taux atteint 24% chez les 35-49 ans et 18% chez les 50 ans et plus.

Les raisons de l'utilisation des services publics sur Internet : le gain de temps avant tout

Le trio de tête des raisons invoquées par les internautes ayant déjà visité un site d'administration publique a trait au gain de temps. Gain de temps en évitant de se déplacer dans des centres administratifs (pour 63% des interviewés), en gagnant le temps des délais postaux (36%) et en n'ayant plus à téléphoner dans les centres administratifs (31%).

Les enquêtes réalisées en 2002 et 2003 mettaient déjà en avant ces 3 mêmes arguments.

Derrière le gain de temps, l'enquête fait ressortir 3 grands motifs de fréquentation des services publics sur Internet : la simplification induite par ce medium, " cela diminue la paperasserie " pour 27% des internautes concernés, et pour 22% d'entre eux Internet est un bon substitut quand on ne peut pas se rendre dans les centre administratifs pendant les horaires d'ouverture (ils n'étaient que 20% à partager cette opinion en 2003 et 17% en 2002) ; les économies réalisées aussi bien au niveau des frais de téléphone, de courrier et de déplacement (14%) ; le côté ludique et agréable d'Internet, pour 10% des interviewés. 9% par ailleurs ont répondu " par goût de la nouveauté ".

Notons enfin que 14% des internautes affirment qu'utiliser les services publics sur Internet leur " donne plus de temps pour approfondir les questions qu'ils se posent lors d'une démarche administrative ". Cette raison est néanmoins assez nettement moins invoquée qu'en 2003 (- 7 points).

Manque d'information mis en exergue, principal frein à l'utilisation d'Internet

Près d'un interviewé sur quatre (23%) affirme ne pas connaître toutes les démarches administratives qu'il est possible de faire sur Internet. 3% vont même jusqu 'à dire qu'ils ne savaient pas qu'il y avait des sites Internet de services publics. Ces résultats témoignent d'un déficit d'information probant auprès des internautes sur le service public en ligne. Notons que ce constat est partagé par toutes les catégories d'internautes, les femmes restant légèrement plus nombreuses que les hommes (27% contre 19%) à mettre en avant ce manque d'information.

Deuxième obstacle évoqué par les personnes interviewées, et qui renvoie à l'image traditionnelle d'Internet : la déshumanisation engendrée par ce medium. Ainsi, 17% des internautes affirment qu'ils " préfèrent avoir un contact direct avec une personne, par téléphone ou face-à-face ".

Les soucis purement techniques liés à Internet reviennent par ailleurs plusieurs fois dans les obstacles mis en avant par les personnes interrogées. 14% d'entre elles expliquent en effet leur faible utilisation des services publics en ligne par le fait qu'elle n'ont pas d'accès à la Toile à leur domicile quand 6% se plaignent du temps de téléchargement des documents en ligne, souci particulièrement présent en l'absence de haut débit. 5% enfin sont encore plus lapidaires en disant que " trop souvent ça ne marche pas ".

Par ailleurs, les internautes redoutent les piratages informatiques ou les erreurs qui pourraient éventuellement naître d'une procédure totalement déshumanisée, pour respectivement 14% et 12% d'entre eux. Chiffre à mettre en relation avec les observations précédentes sur le gain de temps, seuls 2% des interviewés déclarent que passer par Internet " ne leur fait pas gagner de temps ".

Enfin, notons que les plus de 50 ans se plaignent plus que la moyenne (12% contre 7%) du manque de clarté des sites de service public.

Les attentes des Français vis-à-vis des services publics en ligne

Interrogés sur les domaines dans lesquels Internet pourrait améliorer les prestations des services publics, les Français font preuve de constance par rapport aux années précédentes et continuent de citer en priorité la recherche d'emploi (à 40%, le même chiffre qu'en 2003).

Assez sensiblement derrière l'emploi, le domaine de la santé connaît une hausse assez sensible dans cette enquête en étant mentionné par 27% des interviewés, contre 21% en 2003. Hypothèse explicative : cette progression pourrait être liée au débat national sur l'avenir de l'Assurance maladie et aux interrogations qu'il suscite. Le domaine des services sociaux se place pour sa part en troisième position, cité par un Français sur 4 (24%), soit 3 points de plus qu'en 2003. Autre secteur à connaître une légère hausse, la fiscalité avec 20% de citations contre 15% en 2003. Le logement poursuit quant à lui sa montée régulière à 15% cette année contre 12% en 2002 et 14% en 2003.

En revanche, l'éducation passe de la deuxième à la quatrième place avec cette année 20% de citations contre 23% en 2002 et 2003. La formation professionnelle reste très stable à 18%.

Enfin, après une chute de 16% à 10% de citations entre 2002 et 2003, le domaine des droits civiques et de la vie démocratique se stabilise à 9% dans cette étude.

L'âge des interviewés influe fortement sur les réponses à cette question, ce qui semble des plus logiques au regard des enjeux propres à chaque âge de la vie. Ainsi, les 25-34 ans, fraîchement débarqués sur le marché du travail, mettent très largement en tête le domaine de l'emploi avec 57% de citations, soient 17 points de plus que la moyenne nationale. Les jeunes de 18 à 24 ans privilégient également ce secteur (à 49%) et se distinguent par ailleurs en étant 30% à mettre en avant le domaine de l'éducation et 31% celui du logement. Sans réelle surprise étant donnée la composition sociologique des internautes en France, les plus de 65 ans sont nombreux (38%) à ne pas avoir d'opinion sur cette question.

Internet, un bon moyen pour rapprocher les citoyens de leur administration

Plus de 2 Français sur 3 (67%, contre 23%) pensent que la Toile peut permettre de rapprocher les services publics des besoins des citoyens. Ce taux reste extrêmement stable d'une année sur l'autre, en légère hausse par rapport à 2003 (+3 points). Cela s'explique essentiellement par la diminution du nombre de " sans opinion " (-5 points à 10% dans cette enquête).

Dans le détail, on observe des différences sensibles selon :

- le sexe des interviewés, puisque 70% des hommes estiment qu'Internet peut rapprocher les citoyens de l'administration, contre 64% des femmes ;

- l'âge, puisque 79% des 18-24 ans partagent ce même avis, contre 64% des 50-64 ans et 48% des plus de 65 ans ;

- le niveau de diplôme ; plus il est élevé, plus la proportion d'optimistes sur cette question s'accroît (de 48% chez les sans diplôme à 80% chez ceux de l'enseignement supérieur) ;

- la catégorie d'agglomération, avec une pointe à 81% en région parisienne contre 62% en zone rurale et 58% dans la catégorie 2000 à 20 000 habitants.

D'une manière générale, ces lignes de fracture recouvrent les clivages déjà observés sur l'utilisation d'Internet et des sites de service public.

Cependant, les Français posent un certain nombre de conditions de natures diverses pour que ce rapprochement puisse être réellement probant.

Ces conditions peuvent être classées dans 5 grandes familles : richesse du contenu, coût accessible, formation à ce medium, meilleure information, simplification de son utilisation.

Le duo de tête, inversé dans notre étude de 2003, retrouve sa configuration de 2002. Il recouvre la richesse du contenu (" mettre à jour régulièrement les informations ") cité dans 38% des cas, chiffre d'une grande stabilité, et une baisse des coûts en développant des " centres d'accès Internet gratuits " (36% de citations). Ce sont ici les jeunes de 18 à 24 ans qui réclament le plus massivement une telle mesure (à 46%).

Une série de réponses, en troisième et quatrième positions notamment, a trait à une meilleure formation : 29% des personnes interrogées pensent qu'il faudra former les Français aux nouvelles technologies et presque le même taux (classiquement en retrait par rapport à leurs concitoyens, les plus de 65 ans se situent sur cette question dans la moyenne nationale, ce qui traduit un appel de leur part à une meilleure formation), 28%, qu'il sera nécessaire de rendre le langage administratif plus accessible et familier. Cette thématique de la formation ressurgit un peu plus loin dans la liste des réponses obtenues avec 16% des interviewés qui souhaitent que les fonctionnaires soient formés aux nouvelles technologies.

Autre condition posée par les Français, une simplification dans l'utilisation du medium Internet. D'une manière générale, 27% en effet voudraient que l'on simplifie les procédures administratives pour que l'administration en ligne ne soit plus une utopie. 19% par ailleurs réclament pour cela une centralisation sur un seul site Internet de l'accès à l'ensemble des services administratifs. Enfin, 15% mettent en avant une lecture plus aisée des formulaires téléchargeables et 14% des sites plus agréables et faciles d'utilisation.

Résultat à relier au manque d'information pointé du doigt par les Français comme nous l'avons déjà observé, 20% des personnes interrogées estiment nécessaire d'organiser des campagnes d'information sur les services existants sur la Toile.

Internet, source d'économie pour les administrations

56% des Français pensent que le développement des services publics sur Internet permet aux administrations de faire des économies. Ils sont 22% à le penser " fortement " alors que 34% le pensent "un peu ". 25% partagent l'avis contraire et une part assez sensible, 19%, n'exprime pas d'opinion sur la question.

Ce jugement positif est partagé par toutes les catégories de la population même si certaines tendances classiques sont repérables sur cette question : un décalage entre hommes et femmes (49% de ces dernières voient Internet comme un moyen de faire des économies contre 62% des hommes), un plus grand scepticisme des personnes âgées (37% d'avis favorable, avec un fort taux de sans opinion : 39%) et des moins diplômés (39% de réponses positives et surtout 37% de sans opinion).

Regard croisé des Européens sur la création d'un compte administratif personnalisé sur Internet

Cette question révèle que parmi les populations interrogées, les Français sont les seuls à être majoritairement favorables (à 55% contre 45%) à la mise en place d'un tel compte personnalisé en ligne. Ce jugement n'est partagé que par 35% des Allemands (contre 65% d'avis contraire) et 47% des Britanniques (contre 53%). Ces résultats sont d'une très grande stabilité dans les trois pays par rapport à 2003 avec des variations partout inférieures à 2%.

Dans les trois pays également, le taux d'adhésion à ce projet décline fortement avec l'âge des personnes interviewées, passant en France de 74% chez les 18-24 ans à 37% chez les plus de 65 ans. En Allemagne, les moins de 24 ans sont même les seuls à être majoritairement favorables à la création de ces comptes administratifs personnalisés (à 57%).

Ces tendances sont parfaitement corrélées à la fréquentation des sites de service public dans ces 3 pays. Comme nous l'avons déjà souligné, c'est en Allemagne que celle-ci est la plus faible (37%) et c'est dans ce même pays que la méfiance vis-à-vis de la mise en place de comptes administratifs en ligne est la plus forte. En France en revanche, où 69% des internautes disent avoir déjà fréquenté les services publics en ligne, l'adhésion est plus massive. A 55% contre 45%, elle reste cependant très fragile et ne marque par d'évolution favorable depuis l'année dernière.

Florian PHILIPPOT



Fiche Technique

Enquête réalisée en face à face, les 8 et 9 juillet 2004 en France (TNS Sofres), du 3 au 13 juillet 2004 en Allemagne (TNS Emnid), du 2 au 6 juillet 2004 en Grande-Bretagne (TNS UK) pour Capgemini auprès d'échantillons représentatifs des populations nationales âgées de 18 ans et plus en France (962 personnes), en Allemagne (562 personnes) et en Grande-Bretagne (642 personnes). Méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de ménage ou classe sociale) et stratification par région (tous pays) et catégorie d'agglomération.




Plus d'informations :
Carine Marcé
Département Politique et Opinion
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