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Projet industriel
2003-2005
Le
regard des agents de la SNCF
sur leur entreprise
Le 25 octobre
2002 - Dans
la perspective de son projet industriel 2003-2005, la consultation
des cheminots de la SNCF prend place au sein d'un vaste dispositif
d'écoute et de mise en mouvement des salariés
de l'entreprise publique. Ce dispositif a consisté
en la réalisation d'une enquête audiovisuelle
réalisée par l'agence Campana Eleb
rendant compte de 400 interviews de cheminots, puis la tenue
d'environ 100 forums décentralisés ayant réuni
20 000 agents, qui ont formalisé des propositions
de réforme de leur entreprise. Chacune de ces étapes
a donné lieu à une analyse des attentes des
agents, qui est directement à la source de larédaction
du questionnaire. Celui-ci, en effet, a cherché à
formuler, sous forme de questions, les grands débats
qui sont apparus tout au long du dispositif, et en particulier
dans les forums. D'un point de vue technique, les formulations
des questions ont donné lieu à un travail commun
de la SNCF, de l'agence Campana Eleb
et de la Sofres. Cette consultation a été
diffusée à l'ensemble du personnel fin août,
et un total de 45 371 questionnaires a été
retourné directement à la Sofres, qui s'est
chargée de la relecture, de la saisie et du traitement.
C'est donc plus de 25% des agents de la SNCF qui ont volontairement
répondu à ce questionnaire, chiffre particulièrement
remarquable pour ce type d'opération.
Une attitude
sans complexe face à l'Europe de la concurrence
Invités
à choisir entre deux attitudes possibles face à
l'Europe et à l'ouverture du marché du transport
ferroviaire, les cheminots dans leur majorité (60%)
choisissent la proposition qui énonce que " la
SNCF a les atouts pour devenir un des premiers transporteurs
européens. Nous n'avons pas à avoir peur de
la concurrence ". En revanche, un tiers des agents
(36%) estime qu' " un bon service public (.) ce
n'est pas compatible avec la concurrence et l'Europe ".
L'ouverture
du marché européen : une opportunité
de diffuser le modèle français
L'implication
majeure de cette attitude face à la concurrence est
moins la création d'un statut du cheminot européen
(23%) ou la création d'un réseau ferré
européen (36%), qu'" une occasion de faire
adopter nos normes (en matière de sécurité
ou d'installation, par exemple) au niveau européen "
(61%). Les agents plaident donc pour la diffusion du modèle
français à l'échelle de l'Europe.
Mais le défi
européen exige également d'investir dans la
formation des agents et leur préparation à ce
nouveau contexte (48%), exigence plus marquée chez
les cadres (58%) et les femmes (61%), et chez ceux qui estiment
que l'on ne doit pas avoir peur de la concurrence et de l'Europe
(56%).
L'organisation
et les modes de fonctionnement de la SNCF au centre des questions
L'organisation
et les modes de fonctionnement de la SNCF apparaît au
centre de plusieurs questions. Par exemple, sur la question
de la satisfaction des clients, qui est clairement traduite
en terme d'organisation. Pour près de six cheminots
sur dix (59%), la SNCF a d'abord besoin de " mieux
s'organiser, pour mieux utiliser les moyens disponibles dans
l'entreprise ", tandis que 39% pensent au contraire
qu'il faut d'abord " disposer de moyens plus importants
pour développer le service au client ". Mais
derrière cette question, on assiste également,
en réalité, à la critique d'un mode de
fonctionnement de l'entreprise.
Critiques du
mode de management et du cloisonnement excessif
A plusieurs reprises
dans l'enquête, les agents dénoncent un certain
mode de management. Leurs reproches semblent traduire la manière
dont ils perçoivent l'organisation : un système
de management parfois autoritaire et un cloisonnement qui
interroge l'idée même d'entreprise unifiée.
Plus précisément,
les problèmes d'organisation jugés prioritaires
par les cheminots reflètent ce constat :
- l'idée
que les décisions sont imposées de manière
verticale, sans souci de l'adaptation à la base, et
surtout sans volonté de demander l'avis de ceux qui
sont les plus concernés (64%) ;
- le cloisonnement
des services, le fait qu'" on se connaît mal
et on travaille mal ensemble " (56%) ;
- la complexité
d'une organisation où les responsabilités sont
diluées et où " on ne s'y retrouve
pas " (42%) : c'est la critique de l'illisibilité
de l'entreprise.
Le thème
du cloisonnement frappe par le consensus qu'il suscite parmi
les cheminots de tous grades, de toutes générations
et de tous métiers.
Le souhait
d'un fonctionnement plus souple et plus individualisé,
y compris dans le domaine des revenus et des carrières
Les réformes
attendues dans le domaine du déroulement des carrières
traduisent autrement ce besoin de transversalité accrue,
même lorsque cela remet en cause certains principes.
On peut d'une certaine manière y discerner un " donnant
- donnant ", qui consiste :
- d'une part,
à accepter une évolution vers " un
système de rémunération du mérite "
(58% y sont favorables contre 39% défavorables),
- d'autre part,
à exiger davantage de transversalité, de souplesse
et de reconnaissance des compétences, ce qui peut s'appliquer
à différents domaines. Le revenu, d'abord, avec
la mise en place d'un système d'intéressement,
réclamé par 74% des cheminots. La carrière,
ensuite, avec de la transversalité accrue horizontalement
(" faciliter le passage d'une filière à
une autre en cours de carrière ", 93% de
favorables) et verticalement (faciliter l'accès aux
postes d'encadrement : 83%). L'évaluation, enfin,
avec la généralisation de l'entretien individuel
à tous les collèges (72%) et même l'évaluation
des cadres par leurs subalternes (62%, mais 47% chez les cadres).
Un meilleur
dialogue pour une meilleure gestion des conflits
La question de
la conflictualité entretient une relation très
étroite avec les enjeux organisationnels. Invités
à donner, parmi une liste assez longue, les principaux
facteurs de conflits à la SNCF, les agents citent des
causes multiples mais dénoncent de différentes
manières le mode de management des décisions :
leur contenu défavorable aux agents (36%), le manque
d'écoute (34%) et le manque d'explication du changement
(30%). Viennent ensuite, à des niveaux comparables,
le manque de dialogue direction / syndicats (30%) et la concurrence
entre syndicats (28%).
Les solutions
envisagées se concentrent sur trois types d'actions,
qui visent toutes à essayer de prévenir les
conflits avant qu'ils ne se développent. La première
consisterait en une obligation de réunions entre la
direction et les syndicats dès le deuxième jour
suivant un préavis (54%) ; la seconde serait une
analyse des causes, pour " en tirer les leçons "
(48%) et en troisième vient la mise en place d'un " système
d'alerte, de veille sociale pour prévenir les conflits "
(34%).
Les agents
partagés sur la possibilité de concilier la
rentabilité de l'entreprise et ses missions de service
public
Dans le débat
sur la rentabilité exigible d'une entreprise comme
la SNCF, soumise à des missions de service public,
une courte majorité estime incompatibles ces deux impératifs :
" le service public, ça sous-entend la non-rentabilité "
(52%), tandis que 44% souscrit en revanche à l'idée
que " faire des bénéfices (.) permettrait
[à la SNCF] d'investir, de se développer et
d'améliorer le service au client ".
Sur cette question
qui met en jeu deux conceptions du service public, les clivages
apparaissent assez forts. Même si la culture " métier "
imprime sa marque quel que soit l'âge des agents, les
nouvelles générations se montrent plus favorables
à la concurrence et aux mécanismes de l'économie
de marché.
L'intégration
des jeunes : le défi de la transmission des valeurs
et du savoir
Il est d'ailleurs
probable qu'un grand nombre de cheminots perçoivent
intuitivement un enjeu culturel derrière l'intégration
des nouvelles générations au sein de l'entreprise.
Certains le prennent de manière positive et y voient
l'occasion de " bousculer " les usages,
d'introduire de " nouvelles solutions "
(45%) : ce sont bien sûr les jeunes eux-mêmes,
très différents sur ce point des autres générations
d'agents. D'autres en revanche (48%) pensent que les jeunes
embauchés " doivent adopter notre façon
de travailler et nos valeurs ".
Les avis recueillis
sur la meilleure façon d'intégrer les jeunes
renvoient tout d'abord au problème de la gestion des
départs en retraite, qui fédère 60% des
interviewés de tous âges et de toutes origines,
en particulier les cadres (64%), et qui occupe donc une place
centrale parmi les préoccupations des agents. Viennent
ensuite le développement de formations en alternance
(42%), suivies des journées de formation transversales
aux métiers (37%) et une revalorisation du rôle
des tuteurs (37%). Mais l'avis des jeunes arrivés dans
l'entreprise depuis moins de 5 ans diffère quelque
peu en ce qu'il met davantage l'accent sur deux aspects, assez
révélateurs de la manière dont ils voient
l'entreprise fonctionner : une présentation, en
phase de recrutement, des différents métiers
(43%), comme s'ils avaient bien conscience d'avoir à
choisir des voix très différentes au sein de
la SNCF, et donner dès l'embauche des perspectives
de carrière (42%).
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