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Les Français et l'économie solidaire
Le 19 octobre 2000 - L'économie
solidaire, concept économique et social récompensé voici
peu de temps par la création d'un Secrétariat d'Etat au sein du
gouvernement dont l'écologiste Guy Hascoët a la charge, est méconnue
du grand public. Pourtant, comme le révèle l'enquête réalisée
par la Sofres pour Emmaüs et Le Pèlerin,
elle correspond à des comportements que les Français se déclarent
prêts à adopter.
L'économie
solidaire est largement méconnue
Sans que l'on
sache s'ils réagissent au concept, et donc à
sa notoriété, ou à son contenu, les Français
affichent une faible connaissance de l'économie solidaire.
Seulement 20% d'entre eux déclarent en avoir entendu
parler, contre 80%. On pourra arguer du fait que ce concept,
apparu récemment sur la scène médiatique,
notamment depuis la nomination de Guy Hascoët comme Secrétaire
d'Etat du gouvernement de Lionel Jospin en charge de l'Economie
Solidaire, peine logiquement à s'installer dans l'esprit
des Français, et qu'il est question de temps. Mais
on constatera que les sympathisants écologistes, dont
les leaders sont porteurs depuis plus longtemps de ce concept,
le connaissent aussi peu que l'ensemble des Français.
Même les cadres supérieurs et les diplômés
de l'enseignement supérieur, pourtant plus informés
et attentifs à l'actualité politique, économique
et sociale, ne sont que 34% à déclarer en avoir
entendu parler, ces deux catégories étant celles
dans laquelle la notoriété est la plus élevée.
Pourtant, une
fois le concept défini et proposé aux enquêtés
- " on entend par économie solidaire une
économie qui vise à réintroduire, dans
le commerce, des valeurs et des principes respectueux de l'être
humain. Les produits fabriqués peuvent donc être
éventuellement plus chers, mais ils s'appuient sur
des règles éthiques, sociales ou environnementales
de production " -, l'opinion se montre prête
à contribuer au développement de l'économie
solidaire par différents moyens.
Ainsi, lorsqu'on
les interroge sur 5 actions qu'ils pourraient envisager de
mettre en ouvre afin de contribuer au développement
de l'économie solidaire, seuls 9% des enquêtés
répondent " aucune de celles-là ".
Surtout, 44% se déclarent prêts à acheter
des produits qui respectent les valeurs de l'économie
solidaire, 40% à boycotter au contraire des produits
ne respectant pas ces valeurs, et 39% à effectuer des
dons en nature en faveur d'associations qui défendent
l'économie solidaire. Le fait de donner du temps (31%)
et, surtout, d'effectuer des dons financiers à
des associations (12%), sont moins fréquemment envisagés.
Un engagement
dont les modalités varient en fonction du capital culturel
et financier
Si les critères
politiques, d'âge et de sexe se montrent peu discriminants
sur cette question (à l'exception des femmes qui se
montrent plus aptes à donner du temps et effectuer
des dons aux associations qu'elles qu'en soient les formes),
les variables culturelles et socioprofessionnelles ont des
effets majeurs. Ces deux dernières sont par ailleurs
étroitement corrélées à la question
du niveau de revenu et donc du pouvoir d'achat. On constate
ainsi que l'achat de " produits éthiques "
versus le boycott de produits ou d'entreprises non respectueuses
de ces principes sont plus souvent envisagés par les
cadres supérieurs et les diplômés du supérieur
que par les ouvriers et les personnes sans diplômes.
Derrière ces variables, on ne peut oublier le rôle
joué par les moyens financiers. Car au delà
de la question culturelle et de la sensibilité plus
grande manifestées par les catégories aisées,
la question de l'achat de produits éthiques n'est pas
uniquement une affaire de choix ou de conception fondamentale
de l'économie, à partir du moment où
le prix des produits entre en ligne de compte. Les personnes
disposant de faibles revenus ont de ce fait peu de choix,
mais optent logiquement pour les produits le moins cher. Ce
n'est qu'à prix égal que la variable " éthique "
pourrait entrer en ligne de compte pour eux. Cela ne les interdit
pas, bien au contraire, de faire preuve de générosité.
Mais celle-ci se reporte, à la différence des
cadres supérieurs, sur les dons en natures.
Les Français
partagés sur le devenir de l'économie solidaire
Ces résultats
confirment toutefois la montée en puissance de la demande
d'éthique dans la fabrication de produits (qu'elle
soit sociale ou environnementale), qui se concrétise
notamment par l'augmentation de la consommation de produits
labellisés. Mais sur le poids et la place qu'occuperont
demain les principes de l'économie solidaire dans l'économie
et les échanges en général, l'opinion
se montre partagée. Si 48% des personnes interrogées
jugent que " le principe du respect de l'être
humain prendra de plus en plus d'importance dans l'économie
et les échanges " dans les années
à venir, 49% estiment au contraire que " la
recherche du prix le plus bas restera à la base de
l'économie et des échanges ".
Les plus optimistes à l'égard du poids grandissant
des principes de l'économie solidaires sont les personnes
âgées, alors que dans l'ensemble des autres catégories
de la population, les réponses restent partagées.
Seuls se démarquent les sympathisants du PC, 70% d'entre
eux pronostiquant que la recherche du prix le plus bas perdurera
dans les années à venir.
L'introduction
de la variable " prix des produits " peut
produire elle aussi ses effets. Et le pessimisme plus marqué
des ouvriers et des sympathisants du PC correspondre à
une vision pessimiste de l'évolution de la société
tout autant qu'à une prise ne compte de la réalité
du pouvoir d'achat pour certaines catégories de la
population. Car si bon nombre de français envisagent
d'acheter des produits labellisé " économie
solidaire ", le pouvoir d'achat reste un frein important
tant que ces produits ont un prix de vente plus élevé.
Analyse prospective des rapports de force et réalisme
se rejoindraient donc pour produire un jugement contrasté,
qui concerne d'ailleurs les différentes strates de
la population et non pas les seules catégories populaires,
les diplômés de l'enseignement supérieur
étant les plus pessimistes sur les chances de succès
des principes de l'économie solidaire.
Stéphane
Marcel

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