Les Français
et les importations de textile chinois


Le 18 mai 2005 - Quatre mois après la libéralisation des exportations textiles en provenance de Chine et la fin des quotas, et quelques semaines après le début du débat sur ces importations en France et en Europe, notre étude montre à quel point les Français sont inquiets : 86% des Français redoutent en effet les conséquences de ces importations sur l'emploi. Tel est le principal enseignement de notre étude réalisée pour le groupe Casino et L'Hémicycle.

La crainte massive du chômage

Quand on leur demande si les importations de textile de pays comme la Chine vers la France sont plutôt une bonne chose, « car cela fait baisser le prix des textiles pour les consommateurs français », ou « plutôt une mauvaise chose, car cela risque de supprimer des emplois dans la production textile française », c'est une peur massive du chômage qui s'exprime : 86% des Français redoutent en effet les conséquences de ces importations sur l'emploi, avant d'en voir les bénéfices pour les consommateurs (9%). A un tel niveau, les chiffres sont évidemment homogènes dans toutes les catégories sociales et politiques : la crainte qui s'exprime pour les emplois français ne descend jamais en dessous de 75%, quel que soit le groupe social auquel on s'intéresse.

En plein débat sur le référendum et les causes de l'importance des intentions de vote en faveur du non, ces chiffres sont riches d'enseignements.

Il ressort en premier lieu que ce débat donne une visibilité forte et concrète à un exemple d'économie libérale et mondialisée, à un moment où une bonne part de la critique sur le traité constitutionnel porte justement sur le caractère libéral du texte et du modèle européen qu'il pérennise. De ce point de vue, il pourrait jouer soit en faveur du oui, si l'on en percevait d'abord les bénéfices, ou si l'Europe pouvait apparaître comme un rempart, ou une force supplémentaire pour mieux s'armer contre ces phénomènes. Mais il pourrait jouer également en faveur du non, si l'on décrypte négativement l'impact de ces mouvements d'importations. Or, notre enquête montre très clairement que les Français y voient d'abord un risque pour l'emploi, sujet dont la construction européenne s'est assez peu emparée jusqu'à maintenant.

Perception très dégradée du climat économique et social

Ces chiffres confirment en second lieu un climat très dégradé en ce qui concerne la perception de la situation économique et sociale. On sait par notre baromètre réalisé pour Casino et L'Hémicycle que les craintes liées à l'évolution du pouvoir d'achat ont fortement progressé au cours de l'année écoulée, passant d'un taux de préoccupation de 28% en juin 2004 à 44% en avril 2005, l'inquiétude sur le chômage se maintenant à un niveau très élevé (entre 68 et 75%). Néanmoins, quand on met face à face le niveau des prix, et sa possible baisse sur les textiles, et la peur pour l'emploi, c'est encore et toujours celle-ci qui l'emporte, et très massivement. Ceci confirme que derrière l'inquiétude qui s'exprime sur le pouvoir d'achat, c'est la question de l'emploi qui prédomine massivement.

Anne-Hélène Mangin




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