Les perspectives des chefs d'entreprise
de l'industrie pour 2001

 

Le 16 janvier 2001 - En dépit de perspectives de croissance moins optimistes pour la France en 2001, et de la crainte d'un ralentissement aux Etats-Unis, les chefs d'entreprises de l'industrie envisagent, pour leur propre entreprise, une très bonne année 2001. C'est ce qui ressort de l'enquête annuelle que réalise la Sofres pour le compte de l'Usine Nouvelle.

Emboîtant le pas aux principaux organismes de conjoncture, les chefs d'entreprise du secteur de l'industrie interrogés estiment que la croissance de l'économie française devrait être moins forte l'an prochain : 44% pronostiquent un niveau inférieur, pour 47% une stabilité et 9% une baisse. De même, leurs anticipations pour l'ensemble du secteur de l'industrie sont sensiblement moins bonne que l'an dernier à la même époque : 14% envisagent une amélioration (31% en janvier 2000), 28% une détérioration (22%), et une majorité un statu quo (58%, pour 47% début 2000).

Ce moindre optimisme macro-économique ne se retrouve pas, en revanche, dans leurs anticipations pour leur propre entreprise. Sans pour autant atteindre le record de l'an dernier (44%), leur moral (41% jugent que la situation de leur entreprise va s'améliorer) se situe à un niveau particulièrement élevé depuis 1996, date de mise en place de ce baromètre. Un état d'esprit qui concerne aussi bien les petites que les grandes entreprises. Ce moral est alimenté aussi bien par une croissance de la demande intérieure (45% observent une hausse des commandes sur le marché français (+3 points par rapport à l'an dernier)), qu'extérieure (33% enregistrent une hausse (+7 points)) ; mais aussi par des perspectives de chiffre d'affaire et de résultat particulièrement encourageantes. Avec 69% des chefs d'entreprise interrogés prévoyant une augmentation de leur CA supérieure ou égale à 69%, les pronostics atteignent leur record depuis 1996. Quant au résultat net, une chef d'entreprise sur deux (comme l'an dernier), anticipe une augmentation.

Le dynamisme de l'activité et les perspectives de croissance continuent de stimuler l'investissement, investissement qui continue de nourrir la croissance dans le secteur de l'industrie. 29% des chefs d'entreprises interrogés envisagent d'investir davantage en 2001 (+4 points par rapport au début de l'an 2000), 22% moins (-5 points) et 49% " ni plus, ni moins ". Ces investissements porteront essentiellement sur l'augmentation de la productivité de l'entreprise (37%) et, plus encore que l'an dernier, sur la modernisation de l'entreprise (33%, +5).

Qui dit anticipation dit, en principe, embauche. Et qui dit bon résultats, dit augmentation des salaires, d'autant plus que dans certaines entreprises, les accords 35 heures prévoyaient un gel des rémunérations les premières années. Sur la question des rémunérations, les perspectives des chefs d'entreprise redonneront le moral aux salariés, chez qui les revendications salariales sont de plus en plus fortes : 17% envisagent un augmentation des salaires dans leur entreprise supérieure ou égale à 3 %, soit 9 points de plus que l'an dernier. Et seuls 20% n'envisagent aucune augmentation (-25 points par rapport à l'an dernier).

Sur l'embauche, 28% des chefs d'entreprise (et 40% de entreprises de plus de 500 salariés) envisagent une augmentation des effectifs, 59% une stabilité, et 13% une baisse. Des recrutements qui concerneront prioritairement, comme d'habitude, le secteur de la production (88%), mais aussi, preuve de la bonne santé des entreprises et de la course à l'innovation, des postes de recherche et de développement (23%, +7 points par rapport à l'an dernier et plus haut niveau depuis 1996).

Si accroissement des embauches et hausse des salaires sont encourageants pour les salariés, les entreprises, quant à elles, voient poindre une augmentation des coûts de production, et se plaignent, plus encore qu'il y a quelques mois, des conséquences des 35 heures. 47% d'entre elles estiment qu'elles pénalisent leur activité, pour 32% en juin 2000. Par ailleurs, les coûts des matières premières sont jugés pénalisants par 46% des entreprises (+5 points par rapport à juin 2000) en dépit de la baisse du cours du pétrole. En revanche, la crainte d'une pénurie de main d'ouvre ou d'une saturation de l'outil de production, véritables goulets d'étranglement de l'activité, semble s'éloigner. Si 34% des entreprises se jugent encore pénalisées par une pénurie de personnel qualifié, c'est 3 points de moins qu'au mois de juin ; et elles ne sont plus que 13% (-3 points également) à déclarer souffrir d'une saturation.

Dans ce contexte, et même si l'inflation semble aujourd'hui stabilisée, la seule ombre à porter à ce tableau idyllique concerne les prix. 58% des chefs d'entreprises déclarent envisager d'augmenter leurs prix de vente (dont 10% de plus de 5%), soit 8 points de plus que l'an dernier à la même époque et le plus haut niveau depuis 1996.

Enfin, l'état d'impréparation à l'Euro des chefs d'entreprise ne manquera pas d'inquiéter le Ministre de l'Économie et des Finances : si dans le secteur de l'industrie 26% déclarent que " c'est déjà fait ", 35% n'envisagent d'afficher leur prix en Euro que fin 2001-début 2002, et 39% entre début t mi-2001.

Stéphane Marcel


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