La signification du vote
aux Elections Municipales de mars 2001
Le
11 avril 2001 - Les
Français sont satisfaits du résultat des élections municipales.
Ils considèrent le plus souvent que c'est la droite qui l'a emporté.
Ils précisent cependant avec beaucoup de force qu'ils ont voté en
fonction de facteurs strictement locaux. En fait, c'est à leurs yeux l'addition
de 36.000 cas particuliers qui forge l'image d'une défaite de la gauche.
Au moment du choix des électeurs, il s'agissait bien d'un vote local. Au
moment du bilan, cela n'en devient pas moins un revers pour la majorité.
Deux Français sur trois,
proportion importante à propos d'élections, se disent satisfaits
du résultat des urnes dans leur commune. Cela vaut particulièrement
pour les femmes, les personnes âgées, les commerçants, artisans,
industriels, les inactifs et retraités, ainsi que pour les habitants des
petites communes où les listes ont rarement des étiquettes politiques :
autant de catégories traditionnellement modérées. Le piquant
est qu'électeurs de gauche et de droite se disent satisfaits dans des proportions
semblables du résultat des élections dans leur commune. Seuls les
électeurs écologistes et d'extrême-droite sont plus partagés.
Cette satisfaction générale témoigne du localisme bien réel
du vote.
Les opinions sont en revanche
plus nuancées en ce qui concerne le résultat des élections
à l'échelle nationale. La satisfaction l'emporte encore mais plus
étroitement (48 % contre 23 %). Les électeurs de droite se montrent
cette fois-ci nettement plus heureux que ceux de la gauche (69 % contre 12 % à
droite, 40 % contre 37 % à gauche). L'explication est simple : pour
les Français, c'est la droite qui l'a emporté (selon 48 %, 16 %
seulement citant la gauche, 23 % considérant qu'il n'y a pas de vainqueur
politique). Le sentiment d'une défaite de la gauche est d'ailleurs partagé
par une bonne partie de son propre électorat, communiste notamment.
Pour les Français, les
vaincus sont d'abord les communistes justement (selon 81 % contre 5 %) mais aussi
le Front national (81 % contre 6 %) et l'extrême-gauche (64 % contre 11
%). Le Parti socialiste est lui aussi considéré, à un moindre
degré cependant (54 % contre 31 %) comme ayant essuyé un échec.
Vainqueurs selon les Français : les Verts (49 % contre 32 %) et surtout
la droite parlementaire (63 % contre 20 %). Les électeurs Verts sont ravis,
les électeurs socialistes sont partagés, les électeurs de
droite modérée sont enchantés, les électeurs du Parti
communiste et de l'extrême-droite sont déprimés.
Les facteurs du vote nuancent
cependant ce bilan politique : ils donnent en effet massivement l'avantage
aux ressorts locaux sur les ressorts nationaux. La personnalité des candidats,
leur programme, la situation de la ville éclipsant en effet complètement
l'étiquette politique. Quant à l'opinion sur l'action du gouvernement
Jospin ou sur celle de Jacques Chirac, elle n'apparaît pratiquement pas.
Aux élections municipales, les Français ont voté résolument
sur les enjeux locaux. Cela vaut même pour les électeurs des grandes
villes. Ils le proclament d'ailleurs tous sans ambiguïté : 76
% assurent que leur opinion sur le gouvernement n'a pas eu d'influence sur leur
vote. Les petites minorités qui s'expriment autrement s'équilibrent
par ailleurs entre soutiens et critiques. Si la gauche est regardée
comme la victime de ces élections, les Français n'ont pas voté
contre le gouvernement de Lionel Jospin. Ils donnent d'ailleurs raison, toutes
tendances politiques confondues, au Premier ministre sur un point précis.
84 % contre 10 %, proportion rarement atteinte en politique, considérent
que le chef du gouvernement est dans le vrai lorsqu'il interdit à ses ministres
d'être maires. Le revers de la gauche est un avertissement. Ce n'est pas
une censure de Lionel Jospin.
Alain
DUHAMEL
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