Les références idéologiques des Français


Le 7 juin 2001 - A onze mois de l'élection présidentielle, à treize mois des élections législatives, les Français ne se définissent pas seulement à travers des intentions de vote, d'ailleurs susceptibles de nombreuses variations, mais aussi à travers leurs préférences idéologiques : celles-ci les révèlent favorables au marché en matière économique, avec néanmoins une aversion pour la mondialisation et plutôt de gauche ou au centre gauche en matière politique. Les réponses relèvent moins des classifications traditionnelles en familles politiques que des tempéraments. En ce sens, les Français ont toujours le cour au centre gauche et le portefeuille au centre droit.

Lorsqu'on les interroge sur les valeurs et les concepts économiques, les Français font en effet surgir un autoportrait qui ressemble fort à l'économie sociale de marché. Les thèmes qui arrivent en tête - participation, concurrence, libre-échange - sont ainsi très caractéristiques. La flexibilité apparaît également bien placée (en cinquième position). Tout n'est pas toujours très clair dans leur esprit, puisque socialisme et libéralisme obtiennent pratiquement les mêmes appréciations (57 % de positif et 28 % de négatif pour le socialisme, 55 % de positif et 28 % de négatif pour le libéralisme). L'euro, en revanche, est bien traité (57 % de positif, 32 % de négatif) malgré l'approche de sa mise en circulation comme monnaie quotidienne. Sur un sujet précis, les hommes apparaissent nettement plus confiants que les femmes, les jeunes naturellement plus optimistes que les personnes âgées, les cadres sensiblement plus allants que les commerçants, les artisans et les ouvriers. Au total, l'accueil fait à la monnaie européenne reste favorable, et pratiquement stable d'une année sur l'autre, alors que les échéances se précipitent. En économie, les Français ne sont donc pas conservateurs.

Ils se méfient cependant beaucoup de la mondialisation, et même de plus en plus d'une année sur l'autre : 42 % la regardent avec faveur, 44 % avec hostilité. Il y a trois ans, les réponses positives atteignaient 50 %, les réponses négatives ne dépassaient pas 33 %. Les jeunes, les cadres, les hommes, les libéraux sont évidemment beaucoup plus favorables que les électeurs du PC et du Front national, ou que les salariés modestes, les commerçants ou les artisans. Globalement, les Français n'aiment pas le capitalisme mais ne croient plus au dirigisme. Ils adhèrent au marché mais rejettent ses formes extrêmes.

Sur un plan spécifiquement politique, leur sensibilité penche plus nettement vers la gauche. C'est l'écologie qui remporte le plus de succès (69 % de positif, 21 % de négatif), progressant sensiblement depuis quatre ans, en particulier chez les jeunes et les salariés. Le socialisme et la gauche distancent clairement le centrisme mais surtout le gaullisme et la droite. Là-dessus, pas de doute : 60 % de positif pour le socialisme, 57 % pour la gauche, 49 % pour le centre, 40 % pour le gaullisme, 38 % pour la droite. Il est vrai que la social-démocratie (formulation peu française) fait encore moins bien, la démocratie chrétienne pire encore. Quant au communisme, au gauchisme, au conservatisme, au marxisme, à l'extrême droite, ils reçoivent des accueils calamiteux. L'essentiel - l'inattendu ? - demeure, après quatre ans de gouvernement de gauche, l'avantage affectif de la gauche sur la droite. Situation très atypique, plus marquée que l'année dernière, notamment chez les jeunes, les salariés et les écologistes. Après quatre ans au gouvernement, cela n'est pas banal. On peut encore relever la bonne image du centre chez les électeurs socialistes, et l'affaiblissement du gaullisme chez les jeunes. Il est vrai que le PC, lui, subit une véritable bérézina chez les jeunes et les diplômés de l'enseignement supérieur.

Les préférences par famille politique confirment ces tendances : politiquement, la gauche suscite plus de sympathies que la droite. Economiquement, le marché l'emporte sur le socialisme : ce qui laisse grande ouverte l'élection présidentielle de l'année prochaine.

Alain DUHAMEL



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