Les références
idéologiques des Français
Le 6 mars 2002 - Les Français
sont entrés de nouveau dans une phase d'inquiétude et de repli. Elle n'a certes
pas l'ampleur de celle qui a dominé les années 80 et une partie des années 90.
Elle s'explique plus par les événements du 11 septembre, le ralentissement économique,
les incertitudes concernant l'emploi, l'insécurité et la violence que par la politique.
Il n'empêche : elle est perceptible à travers les références idéologiques
des Français.
Ainsi, s'agissant de l'économie, seuls l'euro
et Internet évoquent quelque chose de plus positif que l'an passé, notamment pour
ce qui concerne la monnaie européenne qui gagne dix points favorables et en perd
neuf de négatifs. Les Français d'âge moyen, les cadres, les membres des professions
libérales, les électeurs socialistes et de la droite parlementaire se montrent
les plus enthousiastes. Pour le reste, c'est un repli général. La participation,
le libre échange, la concurrence obtiennent des réponses très positives mais en
recul par rapport à 2001. De même, si « syndicat » ou « socialisme »,
deux notions de gauche gardent un solde positif, elle perdent huit et cinq points.
Tout ce qui touche au marché, au sens le plus large, est aussi affecté :
la flexibilité (-8), le libéralisme (-6), les fonds de pension (-5), le profit
(-5), la Bourse (-7), la mondialisation (-4), la privatisation (-5), le capitalisme
(-4), les stock-options (-3). Il est vrai que la planification (-8), la nationalisation
(-2), le protectionnisme (-3) ou le dirigisme (-3) s'affaissent également. L'économie
fait peur, ce qui relève du risque, de l'inconnu plus encore que le reste.
L'exception culturelle française ne disparaît
d'ailleurs pas sur ce plan : le profit suscite un jugement négatif (42 %
contre 37 %, notamment chez les plus âgés) ; la mondialisation, encore bien
ressentie il y a trois ou quatre ans, inquiète nettement désormais ; le capitalisme
fait peur, même chez les commerçants ou les cadres ; les stock-options ne
séduisent que les jeunes et une fraction de la droite. Les Français demeurent
réticents face au libéralisme économique.
S'agissant de la politique, les choses apparaissent
plus claires : les références de gauche sont mieux accueillies par les Français
que les références de droite mais la distance se réduit, cependant que l'extrémisme
est marginalisé. L'écologie, le socialisme et la gauche arrivent toujours en tête
des courants politiques, seuls à obtenir des réponses franchement positives. L'écologie
distance le socialisme et la gauche, plus encore que l'an passé, car elle recule
moins. Les jeunes, les cadres et les employés lui font particulièrement bon accueil,
certains par conviction ou par sympathie, d'autres pour ne pas avoir à choisir
entre gauche et droite. Distançant le centre, et plus nettement la droite, la
gauche s'effrite néanmoins par rapport à l'an passé. La droite suscite des réactions
plus négatives (41 % contre 45 %) mais se redresse cependant, campagne oblige.
La remobilisation des citoyens réduit les distances entre les deux camps. En revanche,
le gaullisme devient décidément, au fil des années, une référence plus historique
que politique, en particulier chez les jeunes, les salariés modestes et, bien
sûr, à gauche. Le gauchisme, le communisme, le marxisme continuent à s'éroder,
cependant que le conservatisme et l'extrême droite, il est vrai très mal considérés,
regagnent néanmoins quelques points. Au total, la gauche domine, la droite se
rapproche, les extrêmes s'éloignent.
Lorsqu'on interroge plus directement les Français
sur les tendances les plus proches de leurs idées, le socialisme arrive plus nettement
en tête que l'an passé : 24 % contre 21 % en 2001. Les hommes et les
salariés lui sont le plus favorables. Les modérés, habitués de la deuxième place,
se font légèrement distancer : deux points les séparaient des socialistes
l'année dernière, six cette année. Le courant gaulliste, en revanche, lointain
troisième, regagne trois points : là encore, la campagne fait sentir ses
effets. Pour le reste, quand il s'agit de tendances, écologistes et libéraux sont
loin derrière et les extrémistes ne pèsent guère. Globalement, la gauche est idéologiquement
en tête mais, en rapport de forces, tout reste largement ouvert.
Alain
DUHAMEL
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