L'image de Lionel Jospin
auprès des Français
Le 6 février
2002 - Lionel Jospin trouvera sans doute
encourageante l'idée que les Français se font de lui. Non pas qu'elle
soit, on s'en doute, unilatérale. Elle varie substantiellement selon les
choix partisans, c'est logique, et selon les milieux sociaux. Globalement, elle
apparaît cependant positive et, à moins de trois mois de l'élection
présidentielle, se compare avantageusement à celle de Jacques Chirac
qui avait fait l'objet d'une enquête d'opinion
jumelle le mois dernier.
Première surprise :
53 % des Français éprouvent de la sympathie pour Lionel Jospin contre
44 % d'opinions contraires. C'est exactement le même chiffre (53 % contre
44 %) que celui obtenu par Jacques Chirac le mois précédent. L'étonnement
vient de cet équilibre parfait entre les deux têtes de l'exécutif
sur ce terrain, alors que la rumeur privilégiait là-dessus le président
de la République. Points forts et points faibles ne sont cependant pas
les mêmes : Lionel Jospin suscite surtout la sympathie des jeunes,
des cadres et des salariés modestes, alors que Jacques Chirac est plus
fort chez les personnes âgées, les travailleurs indépendants.
Les électeurs de droite aiment le chef de l'État, ceux de gauche
le chef du gouvernement, campagne oblige.
Parmi les qualificatifs positifs,
c'est, pour Lionel Jospin, la compétence et la sincérité
qui l'emportent, alors que pour Jacques Chirac, c'était la chaleur et l'énergie.
La chaleur, justement, le Premier ministre en semble mal doté, puisque
ce qualificatif arrive en dernière position, même parmi les électeurs
socialistes. L'un des enjeux de sa campagne sera à coup sûr d'améliorer
son image sur le sujet. En ce qui concerne les qualificatifs négatifs,
confirmation : c'est " distant " qui l'emporte, alors
que cet adjectif arrive en dernière position pour le chef de l'État.
En revanche, ceux qui considèrent que Lionel Jospin est démagogue
ou change souvent d'avis sont nettement moins nombreux que ceux qui appliquent
les mêmes termes au président de la République. Jacques Chirac
l'emporte en proximité, Lionel Jospin en fiabilité, du moins selon
l'opinion des Français. L'image personnelle n'est certes qu'un facteur
parmi plusieurs et ne se compare pas aux intentions de vote qui sont la résultante
de l'ensemble des facteurs. Sur ce terrain précis - l'image personnelle-,
l'avantage va cependant plutôt au Premier ministre.
Sur un tout autre plan, le bilan
de l'action de Lionel Jospin depuis sa nomination comme Premier ministre, le résultat
apparaît également favorable, puisque 54 % des Français le
jugent positif, contre 36 % négatif. Pour Jacques Chirac, le bilan de son
action depuis son élection en 1995 est de 44 % contre 39 %. Comme toujours,
commerçants, artisans et chefs d'entreprise sont les plus critiques vis-à-vis
du bilan de Lionel Jospin. Les femmes sont un peu plus réservées
que les hommes, les personnes âgées moins positives que les plus
jeunes. L'électorat de droite est très critique (65 % contre 28
%), celui de gauche très approbateur (79 % contre 15 %) mais, des deux
côtés, cela prouve surtout que la mobilisation des électorats
est en train de se faire. Beaucoup de Français jugent dépassé
le clivage gauche/droite. Ils n'en répondent pas moins selon leurs sympathies
partisanes. À noter que l'électorat de Jean-Marie Le Pen est le
plus critique de tous vis-à-vis de Lionel Jospin.
Un autre sujet est celui de
la modernisation de la société française par l'action du
gouvernement. La réponse n'allait pas de soi. Ainsi les 35 heures sont-elles
considérées par les uns comme un progrès social, par les
autres comme un archaïsme économique. Il se trouve cependant globalement
48 % des Français pour croire à la modernisation contre 32 % d'avis
inverses. Les salariés modestes apparaissent plus positifs que les cadres,
ce qui ne correspond pas aux clichés à propos de la modernisation
sociale. L'appréciation générale constitue en tous cas une
indication intéressante. Sur ce point, la même question n'avait naturellement
pas pu être posée à propos de Jacques Chirac qui, depuis cinq
ans, n'avait pas les moyens d'influencer en profondeur la politique, de même
qu'inversement il aurait été absurde d'interroger les Français
à propos de la politique extérieure qui appartient d'abord au chef
de l'État.
Tout compte fait, pour reprendre
la formulation de la question posée, une petite majorité relative
est cependant déçue (46 % contre 42 %) de l'action de Lionel Jospin
depuis son entrée à l'Hôtel Matignon (pour le Président,
les chiffres sont de 46 % également mais contre 36 %, depuis son entrée
au palais de l'Élysée). On peut penser que le regain de chômage
depuis un an et que la montée de l'insécurité y sont pour
beaucoup. Au total, ce sondage, aux résultats nuancés, constitue
cependant une appréciation assez positive, surtout après cinq ans
à la tête du gouvernement.
Alain
DUHAMEL
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