Le vote Front national
A l'approche
de l'élection présidentielle, des politologues
se penchent, en exclusivité pour 2002.sofres.com,
sur les enjeux de la campagne. Cette semaine,
Nonna Mayer, directrice de recherche au Cevipof,
analyse le vote Front national : évolution, spécificités,
thématiques...
- Naissance et évolution
- Vote ouvrier
- Valeurs
- Carte électorale
- Comparaison européenne
- Le tournant de 1999
- Persistance du vote FN
- Structure de l'électorat (tableau)
Quand
le vote Front national est-il apparu ?
Si
la création du Front national remonte à
1972, il faut attendre l'élection municipale
partielle de Dreux en septembre 1983 (16,7% au
premier tour) pour qu'il émerge sur la
scène politique, grâce à son
alliance avec la droite modérée
au second tour. Ce premier succès est confirmé
aux européennes de 1984 où il recueille
11% des suffrages exprimés. Une dynamique
électorale se met alors en place. De 1988
à 1998, le Front national va progressivement
obtenir aux alentours de 15% à toutes les
élections. Et renforcer à chaque
échéance son implantation locale.
La scission de décembre 1998, officialisée
au congrès de Marignane (janvier 1999)
qui voit Bruno Mégret quitter le FN avec
près des deux tiers des cadres du parti,
brise net cet élan. Aux élections
européennes de 1999, l'extrême droite
enregistre son premier recul électoral.
Le FN de Jean-Marie Le Pen et le MN de Bruno Mégret
ne recueillent à eux deux que 9% des suffrages.
C'est le retour à la case départ.
Pourquoi
ce vote a-t-il explosé ?
L'arrivée
de la gauche au pouvoir en 1981 a radicalisé
une partie des électeurs de droite :
des petits patrons, des commerçants, des
artisans. A la présidentielle de 1988 le
score de Le Pen y frôle les 30%. Puis dans
un contexte de crise économique, le FN
va attirer un électorat populaire déçu
par la gauche. A la présidentielle de 1995
c'est chez les ouvriers que son score atteint
les 30%. C'est la conjonction de ces deux électorats
qui a fait le succès du FN. Aujourd'hui
encore, c'est chez les commerçants, les
artisans d'une part et les ouvriers et les employés
d'autre part, que les intentions de vote Le Pen
sont les plus élevées.
Comment
le vote FN a-t-il évolué ?
A
l'élection présidentielle de 1988,
l'électorat Le Pen, issus des petites classes
moyennes, est très marqué à
droite si l'on en juge par le positionnement de
ses électeurs sur la classique échelle
gauche droite (plus de 60% dans les trois dernières
cases). Ses électeurs ont le sentiment
que l'UDF et le RPR sont trop modérés,
qu'il faut revenir à un vrai programme
politique de droite. Si on demande aux électeurs
de se classer sur un escalier social qui va de
la marche la plus basse (1) à la marche
la plus haute (10) dans la société,
le vote Le Pen à la présidentielle
de 1988 augmente au fur et à mesure que
l'on monte cet escalier. Ces électeurs
ont un niveau d'instruction et de revenus moyen,
un petit capital. Ils ont peur de perdre, pour
eux et pour leurs enfants, le statut auquel ils
sont arrivés. L'élection présidentielle
de 1995 marque un net déplacement du centre
de gravité de cet électorat. Les
petits commerçants et artisans restent
fidèles au FN mais l'extrême droite
progresse dans les milieux populaires. Cette fois-ci,
plus on descend l'escalier social plus le vote
pour Jean-Marie Le Pen augmente. C'est dans un
électorat défavorisé, à
faible revenu et peu instruit, en particulier
dans le monde ouvrier, que le FN réalise
une percée spectaculaire, confirmée
aux législatives de 1997.
Quelle
est la nature de cet électorat ouvrier
?
Il
faut le resituer dans son milieu social et familial.
On peut mesurer le degré d'enracinement
dans le monde ouvrier, déterminer le nombre
de liens avec ce milieu, si l'on tient compte
non seulement de la profession de la personne
interrogée mais aussi de ses parents, de
son conjoint. Guy Michelat et Michel Simon ont
montré qu'à la fin des années
70 plus on a d'" attributs "
ouvriers, plus on vote pour la gauche et le Parti
communiste. Or, en 1995 c'est l'inverse, plus
on a d'attaches ouvrières, plus on vote
pour Jean-Marie Le Pen ! Aux élections
législatives de 1997, le vote FN atteint
33% dans le noyau dur de la classe ouvrière,
chez les ouvriers, enfants et conjoints d'ouvrier.
Il atteint même 47% chez les plus jeunes d'entre
eux; ceux qui ont moins de 40 ans. Ce phénomène
qu'on peut qualifier d' " ouvriéro-lepénisme "
est très net à partir de 1995. Je
préfère d'ailleurs ce terme à
celui de " gaucho-lepénisme ".
Si ces électeurs sont des ouvriers, ils
ne sont pas nécessairement de gauche. Le
monde ouvrier penche traditionnellement plus à
gauche qu'à droite mais il y a toujours
eu des ouvriers conservateurs. Le général
de Gaulle obtint en son temps jusqu'à un
tiers des suffrages ouvriers ; Jacques Chirac
dans les intentions de vote recueille aujourd'hui
moins de voix ouvrières que Jospin, mais
plus que Jean-Marie Le Pen (respectivement
17, 24 et 15%).
Ces
ouvriers ralliés au FN ne se définissent
pas comme de gauche au moment où ils votent
pour ce parti, mais en majorité comme " ni
de gauche ni de droite ", " niniste ",
voire de droite. S'ils ont voté hier pour
la gauche, ils n'ont pas de convictions fortement
enracinées. Les ouvriers qui ont le plus
voté pour Jean-Marie Le Pen en 1995 et
pour son parti en 1997 sont des jeunes, sans affiliation
partisane, sans repères politiques. Les
ouvriers de plus de 40 ans, eux, continuent en
majorité à voter pour la gauche.
C'est un phénomène générationnel.
Ces jeunes ouvriers, qui ont commencé à
voter après l'arrivée des socialistes
au pouvoir, n'ont pas le même rapport à
la gauche que leurs parents. Ils rejettent les
deux camps dos à dos, avec le sentiment
que ni la gauche ni la droite ne s'occupent plus
des gens comme eux.
Ces
ouvriers votent FN pour certains thèmes
et reviennent à gauche pour d'autres ?
Avec
les ouvriers qui ont continué à
voter pour la gauche en 1995 et en 1997, ils partagent
un désir de justice sociale, de régulation
économique par l'Etat, un attachement aux
acquis sociaux, aux droits de la classe ouvrière,
à l'action syndicale. En revanche, ils
rejoignent le FN sur l'hostilité aux immigrés.
Ils acceptent l'idée qu'il y a trop d'immigrés
dans la société française,
que ces derniers leur prennent leur travail, qu'ils
sont la cause de tous les problèmes de
la France. Cette dimension prend le pas sur un
attachement naturel à la gauche. Et cet
enjeu est suffisamment important pour les détacher
du camp qui normalement aurait été
plus proche de leurs idées.
Ce
ralliement des milieux populaires peut-il expliquer
l'infléchissement programmatique du FN
en faveur du social ?
En
fait, le FN a un peu anticipé ce ralliement,
qui se dessine dès les régionales
de 1992 (le FN progresse de 3 points chez les
employés, et de points 5 chez les ouvriers
par rapport à son score des européennes
de 1989) et son programme de février 1993
propose déjà des mesures sociales
(revaloriser les bas salaire, le SMIC, la 5ème
semaine de congés payés, les 39
heures, etc) qui tranchent avec l'ultra libéralisme
d'avant. Mais sa thématique sociale, la
défense des travailleurs et des petits,
s'accentue nettement après la présidentielle
de 1995.
Quelles
sont les valeurs des deux électorats du
FN ?
Sur
le plan des valeurs, " droitistes " et
" " ninistes "
sont aux antipodes. Si les premiers sont rigoristes
en matière de mours (avortement, homosexualité),
respectueux de l'ordre, ultralibéraux dans
le domaine économique et social, pas très
européens, les seconds sont non conformistes,
frondeurs, interventionnistes et profondément
hostiles à l'Union européenne. Ils
ne se rejoignent que sur le thème de l'immigration
et de l'insécurité. Faire cohabiter
les aspirations et les valeurs radicalement opposées
de leurs électorats est un problème
commun à tous les partis d'extrême
droite. Comme on le voit aujourd'hui en Autriche,
l'épreuve du pouvoir est à cet égard
décisive.
Ces
deux électorats n'ont-ils pas également
en commun une dimension protestataire qu'ils portent
à leur vote ?
Oui
dans la mesure où c'est un vote antisystème,
dirigé contre ce que Jean-Marie Le Pen
appelle "l'établissement politique"
et "la bande des Quatre". Mais cette
dimension n'est pas limitée à l'extrême
droite. Et pour ce qui est du vote FN, elle est
beaucoup plus marquée chez les ninistes
que chez les droitiers. Surtout, elle n'exclut
pas un minimum d'accord avec les idées
du FN, en matière d'immigration et de sécurité..
Comment
s'organisent les reports de voix du FN ?
Parallèlement
à la percée du FN en milieu populaire
et de la montée des ninistes, on constate
de 1988 à 1997 un net recul de la proportion
de ses électeurs se reportant à
droite au second tour (de 65% à 51% entre
les présidentielles de 1988 et de 1995
et de 62 à 49% entre les législatives
de 1993 et 1997), au profit des reports à
gauche (respectivement de 18% à 28% aux
présidentielles et de 9 à 22% aux
législatives) ou de l'abstention (passée
de 16 à 21% pour les présidentielles,
stable à 29% pour les législatives).
Mais la propension marquée des ninistes
pour l'abstention fait que les probabilités
de reports à droite sont nettement plus
élevées. Et si Le Pen ne parvient
pas à recueillir ses signatures, il est
clair que son absence favoriserait plus Chirac
et Pasqua que Jospin.
Peut-on
dresser une cartographie du vote FN ?
La
carte électorale du vote FN est très
stable. Il est toujours plus fort à l'est
d'une ligne Le Havre-Valence-Perpignan, dans des
départements industrialisés, urbanisés,
avec une proportion élevée d'immigrés
et des taux de délinquance élevés.
La sensibilité à la thématique
autoritaire et xénophobe du FN y est plus
grande. Comme le montre une analyse plus fine,
au niveau des cantons, des communes, des quartiers,
il ne s'agit pas nécessairement d'électeurs
directement au contact d'immigrés. Au contraire,
ce vote se développe parfois aux marges
des zones où ils résident, au travers
de ce que Pascal Perrineau a appelé un
" effet de halo ", grossissant
la peur et le rejet d'un 'autre' fantasmé.
Quelle
est la corrélation la plus pertinente :
celle du vote FN avec la présence d'ouvriers
ou celle avec la présence d'immigrés ?
Les
deux vont souvent de pair. Tout dépend
de l'unité géographique retenue.
Et
à un niveau plus fin ?
Plus
l'unité d'observation est réduite,
plus apparaît la complexité des situations.
Il suffit qu'une caserne de gendarmerie s'installe
dans un quartier par exemple pour que le vote
FN batte des records. Mais globalement, la visibilité
des immigrés a un effet accélérateur
du vote FN. A contrario, à l'ouest de la
ligne Le Havre-Valence-Perpignan, se cumulent
les facteurs qui font barrage au vote FN :
zones rurales, forte implantation du catholicisme,
population immigrée moins présente.
Peut-on
comparer la carte du vote FN par rapport à
la carte de l'extrême droite historique ?
Elles
ne se superposent pas. Le vote Poujade en 1956
est un vote rural. Il traduit une révolte
de petits producteurs indépendants qui
refusent la modernisation économique et
sociale. Le vote Tixier-Vignancour de 1965, lui,
suit l'installation des pieds noirs, sur le littoral
méditerranéen et le sud ouest, et
le vote Algérie française. En 1974
Le Pen chasse sur les mêmes terres. Mais
à partir du décollage électoral
du FN, en 1984, ce n'est plus le cas. Justement,
parce qu'il recrute dorénavant au delà
de la clientèle de l'extrême droite
et de la droite classiques, attirant des électeurs
issus des milieux populaires. Sa géographie
s'élargit aux régions ouvrières
du Nord, de l'Est, de la région parisienne.
Le
cas du Front national en France est-il un cas
isolé en Europe ?
Il
n'y a pas d'exception française. A travers
toute l'Europe, sous des formes diverses, se développent
des partis xénophobes et autoritaires:
le Vlaams Blok en Flandre ; le FPÖ de Jörg
Haider en Autriche ; les Republikaner allemands.
On peut ajouter à cette liste les partis
populistes de l'Europe du Nord, qui n'ont pas
de tradition d'extrême droite (Suède,
Norvège, Danemark et tout récemment
les Pays-Bas). Ces électorats présentent
les mêmes motivations, le même profil,
la même dualité petits patrons/ouvriers,
droitistes/ninistes. D'ailleurs, le parti d'extrême
droite le plus ouvrier en Europe n'est pas le
FN mais le FPÖ (50% des votes ouvriers en
1996). Le cas de l'Italie est à part. Gianfranco
Fini a transformé son parti, en jouant
la carte de la respectabilité et en l'intégrant
dans le jeu démocratique, même s'il
y reste encore des nostalgiques du fascisme. Son
électorat ne se différencie plus
de celui de la droite classique.
Les
élections européennes de 1999 ont
connu une déflation du vote pour l'extrême
droite. Comment expliquer cette chute ?
La
scission a démoralisé les cadres,
découragé les militants, fait émerger
des affaires qui ont terni l'image des dirigeants
du FN. L'appareil a été totalement
désorganisé, la machine s'est grippée.
Et d'autres partis lui ont fait concurrence à
droite. On observe deux lignes de fuite des électeurs
frontistes. La première en direction de
l'abstention, extrêmement élevée
dans la partie populaire de cet électorat.
La deuxième qui a touché l'électorat
droitier et petit bourgeois, en direction de la
liste Pasqua-de Villiers. Près d'un électeur
lepéniste de 1995 sur cinq a ainsi porté
sa voix au RPFIE. Aujourd'hui, le contexte est
plus favorable pour Le Pen puisque le RPF a quasiment
disparu du paysage politique. Et Bruno Mégret
ne décolle pas. Jean-Marie Le Pen n'a plus
de concurrents à droite.
A
cette occasion, on a parlé de la fin d'une
exception féminine concernant le vote FN.
Qu'en est-il vraiment ?
Pendant
des années, c'était une constante.
Les femmes votaient moins que les hommes pour
les candidats de l'extrême droite. En 1999,
l'électorat féminin est resté
au même niveau alors qu'il y a eu une forte
chute du soutien masculin pour Jean-Marie Le Pen.
Ce n'est donc pas tant les femmes qui ont davantage
voté pour le FN qu'une partie des électeurs
masculins du FN qui a été aspirée
par le vote pour le RPF.
Quel
est le profil des électrices du FN ?
Plutôt
" niniste " que " droitiste ",
et préférant Le Pen à Mégret.
Plutôt jeunes, ouvrières ou employées,
défavorisées et expriment un vote
protestataire. A contrario, deux catégories
d'électrices sont particulièrement
réticentes à voter pour le FN. Ce
sont soit des femmes jeunes, instruites, de milieu
aisé, acquises aux valeurs féministes,
et plutôt tentées par la gauche voire
par l'extrême gauche. Soit des femmes plus
âgées et catholiques pratiquantes
qui rejettent le FN au nom des valeurs chrétiennes
et soutiennent la droite traditionnelle.
Dans
cette concurrence à l'extrême droite,
il semble que Jean-Marie Le Pen ait définitivement
pris l'avantage sur Bruno Mégret ?
Jean-Marie
Le Pen a plus d'atouts. La légitimité
historique d'abord. Il a été de
tous les combats de l'extrême droite depuis
la fin des années 50. Bruno Mégret,
lui, est un transfuge venu du RPR. Quoi qu'il
fasse, il n'aura jamais la même légitimité.
Le Pen a ensuite une stature physique, une éloquence,
des qualités de tribun qui manquent à
son rival. Enfin il est issu d'un milieu populaire
et le dit haut et fort, tandis que Bruno Mégret
est un technocrate issu de la bourgeoisie. Si
Jean-Marie Le Pen conserve une influence dans
le monde ouvrier, Bruno Mégret n'en a aucune.
Bruno
Mégret n'a-t-il pas des atouts ?
Aux
européennes de 1999, Bruno Mégret
réussissait mieux auprès des petits
patrons, des cadres, qui lui trouvait une allure
plus respectable, et considérait favorablement
sa stratégie d'alliance avec la droite
modérée. Mais il a échoué,
avec un score deux fois inférieur à
celui de Jean-Marie Le Pen et en politique, les
échecs sont cumulatifs. En outre il a perdu
le droit d'utiliser l'étiquette " Front
national " pour son parti, le MNR n'a
pas d'image claire. Et il a du mal à s'imposer
dans les médias. C'est Jean-Marie Le Pen
qui apparaît comme le seul représentant
de l'extrême droite sur la scène
politique. Bruno Mégret se trouve pénalisé
et marginalisé. Même s'il compte
sur le long terme et l'âge de Jean-Marie
Le Pen pour revenir un jour après le départ
de son encombrant rival.
Venons-en
aux prochaines échéances électorales.
Comment expliquer la persistance d'un vote fort
pour le FN de Jean-Marie Le Pen ?
Le
contexte actuel est favorable à Jean-Marie
Le Pen. Il y a tout d'abord les ratés de
la croissance. En l'an 2000, le chômage
était passé pour la première
fois sous la barre des 10%, aujourd'hui il repart.
Ceux qui ont le sentiment d'être une nouvelle
fois abandonnés sur le bord de la route
peuvent être tentés par un vote protestataire
en faveur de Jean-Marie Le Pen. Il y a la multiplication
des affaires. Le slogan " Tous
pourris ! " du leader du FN est
toujours efficace. Il y a les attentats du 11
septembre qui réactivent la menace islamiste
et la peur du terrorisme, la suspicion à
l'égard des immigrés. L'insécurité
enfin est devenue la première préoccupation
des électeurs. Sur tous ces thèmes,
Jean-Marie Le Pen peut se prévaloir sinon
d'une légitimité du moins d'une
antériorité.
Bruno
Mégret tente, lui aussi, à sa manière
de tirer parti de la situation actuelle ?
Le
programme des deux hommes est identique, à
quelques nuances près : Le Pen a pris
pour cible les Etats-Unis, tandis que Bruno Mégret
a désigné le terrorisme islamiste
comme l'ennemi numéro un. Mais leurs stratégies
politiques diffèrent, divergence qui est
d'ailleurs à l'origine de la scission.
Mégret était pour une alliance de
circonstance avec la droite pour que le FN arrive
au pouvoir. Jean-Marie Le Pen était davantage
tenté par une position protestataire, de
rejet de la classe politique. Aujourd'hui de même
Bruno Mégret dit : " Jospin
c'est Chirac en pire. Ne nous trompons pas
d'adversaire " ; Jean-Marie Le Pen dit
: " Chirac c'est Jospin en pire ",
et il ne ménage pas ses attaques.
Pourtant,
il semble que Jean-Marie Le Pen tente de donner
de lui une image plus lisse ?
Même
si Jean-Marie Le Pen essaie à l'occasion
de cette présidentielle de donner de lui
une image plus respectable et plus modérée,
même s'il chante du rap ou fume le narguilé
dans un café arabe de Pigalle, même
s'il dit comprendre les réactions des jeunes
lors du match de football France-Algérie
en octobre, son programme, lui, n'a lui pas changé,
c'est toujours " la préférence
nationale ".
Nombre
de chiffres cités sont extraits de :
" Ces Français qui votent FN
" , Nonna Mayer, Flammarion, 1999.
Propos
recueillis parGeorges
BUISSON
et Sylvain
LEFORT
Evolution
de la structure de l'électorat de Jean-Marie
Le Pen (1988-1999)
|
|
Présidentielle
1988
|
Présidentielle
1995
|
Européennes
1999
Liste Le Pen
|
Européennes
1999
Liste Mégret
|
|
Résultats
|
14,5
|
15
|
6
|
3
|
| Sexe
|
| Homme
|
18
|
19
|
5
|
3
|
| Femme
|
11
|
12
|
6
|
3
|
| Age
|
| 18-24
|
16
|
18
|
4
|
5
|
| 25-34
|
17
|
18
|
6
|
4
|
| 35-49
|
17
|
15
|
2
|
4
|
| 50-64
|
11
|
17
|
10
|
2
|
| 65
et + |
12
|
9
|
6
|
3
|
| Profession
chef de ménage |
| Agriculteur
|
14
|
16
|
0
|
0
|
| Commerçant,
artisan, industriel |
23
|
13
|
9
|
11
|
| Cadre,
profession intellectuelle |
17
|
6
|
2
|
0
|
| Prof
intermédiaire, employé |
11
|
18
|
4
|
4
|
| Prof
intermédiaire |
10
|
14
|
3
|
2
|
| Employé
|
13
|
24
|
6
|
7
|
| Ouvrier
|
18
|
23
|
10
|
3
|
| Inactif,
retraité |
12
|
11
|
6
|
3
|
| Niveau
d'instruction |
| Sans
diplômes |
-
(*)
|
24
|
15
|
0
|
| Certificat
d'études |
-
|
15
|
4
|
3
|
| BEPC,
CAP, BEP |
-
|
17
|
8
|
4
|
| Baccalauréat
|
-
|
10
|
4
|
2
|
| Enseignement
supérieur |
-
|
11
|
1
|
4
|
| Revenu
|
| Moins
de 5000 francs |
-
|
15
|
7
|
6
|
| De
5000 à 7500 francs |
14
|
19
|
0
|
0
|
| De
7501 à 10000 francs |
21
|
17
|
12
|
2
|
| De
10001 à 15000 francs |
14
|
13
|
2
|
7
|
| De
15001 à 20000 francs |
15
|
18
|
5
|
4
|
| Plus
de 20000 francs |
13
|
12
|
3
|
0
|
| Proximité
partisane |
| PC
|
5
|
2
|
4
|
0
|
| PS
|
5
|
8
|
2
|
1
|
| Ecologistes
|
6
|
7
|
5
|
0
|
| UDF
|
10
|
7
|
0
|
0
|
| RPR
|
20
|
14
|
5
|
1
|
| FN
|
91
|
91
|
88
|
9
|
| SPP
|
21
|
21
|
6
|
10
|
Source
: Enquête post-électorale Sofres réalisée du 20
au 23 mai 1995 auprès d'un échantillon de 2000 électeurs
(*) Données
non comparables