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Baromètre de la générosité
2002
Le 3 octobre 2002 - En 1999
et en 2000, Taylor Nelson Sofres avait réalisé
dans le cadre de l’Observatoire de la générosité
et du mécénat de la Fondation de France
six vagues d’enquêtes successives sur le comportement
des donateurs français. La taille exceptionnelle de
l’échantillon - 6000 personnes - et la récurrence
des vagues ont permis de poser les jalons de la connaissance
du comportement des donateurs français sur une année.
Deux ans plus tard, la même enquête auprès
d’un échantillon de 2000 personnes permet de mesurer
les évolutions importantes et d’affiner encore l’analyse
amorcée en 2000. Ainsi, cette année, 46% des
personnes interrogées affirment donner régulièrement
à une association, que ce soit sous la forme de dons
en argent, en nature ou en temps. Principale évolution
mise en lumière par notre étude : la baisse
des dons en nature et des dons de la main à la main,
surtout de la part des 25-34 ans et des ouvriers. Parmi les
raisons qui peuvent expliquer ce recul, on peut invoquer le
contexte économique et politique particulier de l’année
en cours.
Le paysage
du don en France en 2002
La population
française compte 46% de donateurs réguliers
quelle que soit la forme du don, soit près de 21 millions
de personnes âgées de 15 ans et plus. Le montant
total des dons approcherait 1,9 milliard d’euros. Ces dons
s’effectuent d’abord en argent (37%) - dont 23% par chèque
et 16% de la main à la main -, puis en nature (29%),
et en temps (16%).
Principales causes
bénéficiaires de la générosité
des Français : l’aide aux personnes en difficulté
et les services sociaux attirent le plus de dons. 49% des
personnes qui ont donné en mars-avril 2002 se sont
orientées vers cette cause. 29% d’entre elles ont donné
pour la santé et 24% pour la recherche et la recherche
médicale. L’aide au Tiers-monde est en légère
progression avec 1 point de plus à 18%. L’environnement
gagne 2 points par rapport à 2000 mais reste à
5%.
Disparités
régionales et générationnelles
La propension
à donner augmente avecl’âge. Ce sont
les personnes âgées de 65 ans et plus qui sont
les plus fortement donatrices (60 % de cette tranche d’âge
sont donateurs réguliers). La propension à donner
augmente également avec le niveau de revenu. Ainsi,
si l’on compte 30% de donateurs réguliers chez les
ouvriers, ils sont 55 % chez les cadres supérieurs.
Les habitants
de la région parisienne sont plus fortement donateurs :
ils sont 52 % à donner régulièrement,
contre 39 % en zones rurales. Les régions les moins
donatrices sont le Nord-Pas de Calais et le Sud-Ouest. Il
se peut que le Nord-Pas de Calais obtienne un score faible
en raison de la structure de sa population : le bilan
socio-économique de 2001 de l’INSEE désignait
cette région comme la plus jeune de France, fortement
touchée par le chômage - 4 points au dessus du
taux national - et en particulier par le chômage des
jeunes. Or les jeunes et les foyers moins aisés sont
moins donateurs. Pour le Sud-Ouest, les inondations dans les
départements voisins fin 99 et les dramatiques tempêtes
de décembre 99 ont pu exceptionnellement intensifier
la solidarité et les dons de cette région en
99/2000. Le taux de 2002 serait alors un retour à la
" normale ".
La pratique de
la religion catholique et la proximité de la vie associative
constituent également des facteurs déterminants
au don.
Les personnes
âgées, première catégorie contributrice
Les plus de 50
ans contribuent pour 66% du montant global des dons sur l’année.
Les jeunes de moins de 35 ans, pour 10%. Les donateurs sans
enfants contribuent pour 74% du montant global des dons sur
l’année. Les catégories socioprofessionnelles
peu aisées contribuent pour 10% du montant global des
dons pour l’année. Les inactifs pour 49%.
Le cœur des
donateurs : les donateurs du secteur caritatif
Le nombre de
donateurs par chèque ou virement n'a pas évolué
depuis 2000 mais les donateurs ont légèrement
diminué la fréquence de leurs dons et les montants
alloués. Ces donateurs constituent la classe des "donateurs
privilégiant le don par chèque et le don d'argent"
(25% des donateurs).
En plus forte
proportion que dans les autres catégories, cette catégorie
regroupe des donateurs de plus de 50 ans, inactifs et, de
façon logique, sans enfants de moins de 15 ans résidant
au foyer. Ces donateurs qui fournissent plus de 95% du montant
de collecte des grands organismes caritatifs sont donc toujours
" présents ". Ce sont eux qui continuent
de faire les dons les plus élevés : la
majorité d'entre eux a alloué 15 à 76
€ de son budgetdes deux derniers mois à des
organisations, et ils ne sont plus que 27% à donner
76€ et plus (pour 31% en 2000).
Ils sont moins
nombreuxen mars-avril 2002 à donner très
souvent (plus de quatre fois), mais du coup plus nombreux
à donner deux ou trois fois (+ 5 points) et une seule
fois (+ 6 points).
Recul des dons
en nature et des dons de la main à la main
Parmi les dons en argent, ce
sont les dons de la main à la main qui ont vu leur
nombre d'adeptes baisser le plus depuis 2000 (16%, - 5 points).
De plus, si la fréquence de dons reste équivalente
(de 1 à 3 fois au cours des 2 derniers mois pour la
grande majorité des donateurs), le nombre de gros donateurs
régresse légèrement (4% en 2002, pour
8% en 2000).
Les donateurs en nature ont connu
également une baisse. Leur proportion dans la population
française a baissé de 5 points par rapport à
2000 et s’établit aujourd’hui à 29%.
Les donateurs en temps restent
stables : ils représentent 16 % des Français
pour 15% en 2000.
Tous types de
dons confondus, la population française compte 45%
de donateurs réguliers en mars-avril 2002 contre 57%
en 2000 à la même période. Cette baisse,
générale, ne semble pas affecter plus particulièrement
une cause ou une autre.
Un recul très
inégal selon les types de donateurs
Les jeunes de
moins de 35 ans et les catégories sociales peu aisées
donnent moins qu’en 2000 : le nombre de donateurs de
25/34 ans donnant régulièrement a baissé
de 7 points par rapport à 2000, le pourcentage de donateurs
chez les ouvriers a baissé de 11 points depuis 2000.
Remarque : ces deux catégories contribuent faiblement
au montant global des dons (10% ou moins chacune).
Si nous examinons
les résultats au regard de la typologie des donateurs,
nous constatons que le désengagement concerne plus
particulièrement 2 classes de donateurs : les "petits
donateurs occasionnels" et les "petits donateurs de proximité"
(soit 15% des donateurs chacune).
En plus forte
proportion que dans les autres classes, ces classes regroupent
des donateurs plutôt jeunes, qui vivent à Paris
et font des dons de la main à la main. (Les "petits
donateurs de proximité" font également des dons
en nature ; les "petits donateurs occasionnels" font plutôt
des dons de temps).
La propension
à donner varie d’une région à l’autre.
Les habitants de la région parisienne sont les plus
nombreux à donner. Le fléchissement semble surtout
provenir des régions Sud-Ouest (41% en 2002 pour 53%
en 2000) et Nord (38% en 2002 pour 53% en 2000).
Les raisons
du recul
Premier constat :
la baisse concomitante du moral des ménages et de la
proportion de donateurs. Le moral des ménages, tel
qu’il est mesuré par l’INSEE, est au plus bas depuis
un an en mars-avril 2002 (-15 et –18) – une tendance qui s’est
poursuivie depuis lors, pour atteindre un niveau de –18 en
septembre. Or on a pu observer par le passé une baisse
concomitante de cet indicateur et de la proportion de donateurs.
Ainsi, la baisse du moral des ménages que l’on a pu
observer dans le passé entre 1995 et 1996 a accompagné
une chute des dons importante en 1995. Sa baisse, dans des
proportions comparables aujourd’hui, accompagne à nouveau
une baisse des dons.
Autre facteur
explicatif : la concentration exceptionnelle d’échéances
électorales cette année. L’évolution
des dons déclarés au Ministère des finances
depuis 1997 révèle qu’il existe un impact des
périodes électorales sur la propension à
donner, comme on l’a noté en 1981 et en 1995. On peut
supposer que l’exceptionnelle concentration des échéances
de 2002, législatives et présidentielles, a
vraisemblablement induit un comportement attentiste, peu propice
à l’acte du don en argent.
Reste la forte
confiance des Français envers les organismes caritatifs :
86% d’entre eux refusaient en mars-avril de généraliser
les affaires à l’ensemble du secteur caritatif (étude
Sofres pour l ’UNOGEP). L’analyse des montants déclarés
à Bercy démontre que même la crise de
l’ARC n’a pas affecté longtemps la progression de la
générosité des Français.
La persistance
des donateurs par chèque, et le déclin des donateurs
plus impulsifs cette année, incite donc à pencher
pour une explication économique et conjoncturelle de
cette baisse, néanmoins préoccupante.
Médiatisation
et fidélité, principaux vecteurs de dons
Quand on leur
demande quelles sont les sollicitations qui les inciteraient
le plus à donner, les donateurs –comme les non-donateurs
– plébiscitent les messages médiatiques loin
devant tous les autres moyens…Mais il apparaît clairement
que la fidélité est fédératrice
de dons élevés. Ainsi, plus les donateurs allouent
des sommes importantes aux dons qu'ils font, plus la sollicitation
qui prévaut à leurs yeux est "la fidélité
à des organismes ou des personnes qu'ils aident depuis
longtemps". Ainsi, parmi les personnes qui donnent 100 € et
plus par an, 6 sur 10 choisissent de donner à des organismes
ou des personnes qu'elles connaissent (contre 4 sur 10 pour
l'ensemble des donateurs). De façon générale,
en-dehors de la sollicitation médiatique, ce sont les
sollicitations de proximité qui paraissent les plus
incitatives. Les donateurs sont aussi sensibles aux collectes
en direct ("collecte sur la voie publique, porte à
porte").
Pour les non-donateurs,
les sollicitations des personnes de connaissance seraient
les plus incitatives ("sollicitations pour participer à
un spectacle ou une kermesse", "sollicitations d'une personne
de connaissance").
Les lettres personnelles
de sollicitation sont perçues comme peu incitatives
au don. La question est de savoir s'il s'agit d'un rejet dû
à la rationalisation du discours ou à une banalisation
de cette forme de sollicitation. En effet, leur intégration
dans le paysage quotidien des interviewés peut conduire
à une faible perception de leur rôle effectif,
et leur multiplication à une certaine lassitude...
Les motivations
incitant au don relèvent d'une alchimie entre la passion,
la raison et l'éducation. Si on ne note pas d'écart
significatif selon l'âge, l'appel au don doit cependant
être adapté à l'âge des interlocuteurs.
Ainsi, les plus jeunes vont agir plutôt par coups de
cœur tandis que les plus âgés vont plutôt
privilégier les actes réfléchis.
Méthodologie
:
Enquête réalisée du 16 au 21 mai 2002,
en face-à-face, auprès d'un échantillon
de 2012 personnes représentatives de la population
française âgée de 15 ans et +
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